Journée de rencontre autour des savoirs, alliances et luttes sur des projets de mobilités le 14 février à Toulouse
Collectifs, citoyens·ne, chercheur·euses et bien d’autres se sont retrouvé·es samedi 14 février pour partager et croiser leurs connaissances. Nous étions une cinquantaine de personnes et avons échangé sur des sujets liés à la mobilité à Toulouse et aux alentours : LGV, A69, lobbies et aéronautique mais pas que ! Des discussions fructueuses ont eu lieu à travers des ateliers présentés via un forum ouvert.
La journée Mobililuttes était organisée dans le cadre du projet l’Observatoire des Savoirs Engagés et Reliés (OSER), vise à favoriser des rencontres physiques entre le monde associatif et celui de la recherche, ainsi que l’émergence de nouvelles modalités de production et transmission des savoirs utiles dans le contexte de crises globales.
OSER est une émergence du Mouvement pour des Savoirs Engagés et Reliés (MSER), un collectif co-animé par Sciences Citoyennes. À l’heure des bascules planétaires environnementales, sociales et politiques qui engagent notre avenir commun, le collectif du MSER veux susciter et renforcer la création d’autres formes de savoirs et de techniques, qui soient formulées, choisies et partagées démocratiquement et qui proviennent de démarches collectives de recherches : institutionnelles, associatives, militantes… Le MSER défend des recherches qui ne soient pas captives d’intérêts privés, mais ouvertes et capables de produire des savoirs communs, partageables et visant à préserver une terre habitable.
L’objectif principal des journées organisées dans le cadre du projet OSER est de créer des liens entre producteur·rices de connaissances localement, notamment entre des mouvements sociaux, luttes et chercheur·euses, mais pas que. La journée du 14 février a porté sur le croisement des savoirs sur les enjeux de mobilité mais cette journée thématique fait partie d’un cycle qui se déroule sur 3 ans sur différentes thématiques. Deux journées OSER se sont tenues en 2025, l’une à Bordeaux le 24 août sur l’autoritarisme, et l’autre à Nantes le 12 novembre sur le numérique. En 2026, en plus de cette journée sur la mobilité à Toulouse, trois autres journées OSER sont prévues : énergie à Lyon (27 mars), santé à Marseille (29 mai), et agriculture à Montpellier (26 octobre).
Déroulement de la journée

Photo prise par Anna Lewicki
La journée a commencé par un accueil en douceur à 9h avec des boissons chaudes et des viennoiseries. Puis, une plénière avec Pauline Dupouy (militante du collectif « LGV NiNa » (Ni ici Ni ailleurs)) et Julien Milanesi (chercheur en écono,ie sociale et solidaire). Iels on structuré leur discussion autour de quatre mots-clés : vitesse, développement, expertise et savoir profanes.
Vitesse : La vitesse relève d’une question d’imaginaire collectif. L’idée selon laquelle « plus vite c’est mieux » reflète comment nos sociétés s’inscrivent dans une logique d’accélération continue depuis les débuts du capitalisme.
Développement : Aujourd’hui, l’idée selon laquelle nous aurions besoin des infrastructures de transport pour faire du développement économique du territoire est fausse. Ce lien n’existe plus, nous observons même le phénomène inverse. Les infrastructures polarisent les territoires : elles renforcent les pôles forts tout en fragilisant les pôles faibles. L’exemple de Castres est éclairant : une liaison directe vers Toulouse aurait davantage pour effet d’attirer les habitants de Castres vers la métropole que de dynamiser le territoire castrais.
Expertise : Les luttes constituent un vecteur de montée en compétence pour les personnes qui s’y engagent. Mais elles ont quand même besoin d’experts. Se pose alors la question de comment faire face aux faux-amis experts. Une piste est le renforcement des alliances avec des scientifiques afin de produire des contre-expertises.
Savoir Profanes : L’engagement territorial génère une montée en compétence collective. Les personnes mobilisées, souvent dotées de formations professionnelles variées, investissent leurs savoir-faire dans la lutte : un·e ancien·ne comptable analysera les données financières, un·e enseignant·e épluchera les dossiers techniques, un·e chasseur·euse apportera sa connaissance fine du territoire. Ces compétences profanes s’accumulent et forment un capital savant. Si on combine ces différents capitaux : patrimoine, social, scientifique, ça crée un véritable capital politique.
Ces quatre notions ont ainsi posé le cadre conceptuel de la matinée, ouvrant la voie à une après-midi de mise en pratique collective.
Déroulement des ateliers
Pour favoriser des échanges horizontaux et ancrés dans les réalités de chacun·e, l’après-midi a pris la forme d’un forum ouvert.
Le forum ouvert repose sur un principe simple et horizontal : n’importe quelle personne présente peut proposer un atelier, même spontanément, en décrivant brièvement sa thématique et ses objectifs. Les participant·es choisissent ensuite librement l’atelier auquel iels souhaitent prendre part et se répartissent en sous-groupes. Enfin, chaque groupe est invité à documenter ses échanges sur une fiche dédiée (notes, photos, dessins, peu importe le format) afin de garder une trace des discussions de la journée.
Pendant cette journée, huit ateliers ont été proposés, parmi lesquels :
Lobby de la mobilité routière, Droit à la mobilité aérienne, Lutte sur le versant juridique sur l’A69, Manifeste sans bitume, Juridique vs. puissance médiatiques
Les ateliers ont été séparés en deux sessions (voir le programme pour les détails). Nous avons aussi mis en place une prise de note collective pour chaque atelier (voir ce pad, pour les prises de notes).
Pause Déjeuner – Échanges entre participants divers et variés.
Pendant la pause nous avons eu l’occasion de discuter avec les participant·es qui ont suivi les autres ateliers et de bien de rencontrer. Connaître mes parcours et le positionnement de chacun nous a permis de tisser des liens pour d’éventuels projets. Parler a des personnes intéressées pas les mêmes problématiques et qui s’efforcent de les nourrir et les résoudre est à la fois riche, encourageant et formateur.

Photo prise par Anna Lewicki
Rendu
Tout les n’avait pas les mêmes attentes, mais chacun·e est reparti·e avec des idées, des liens et, espérons-le, un peu plus d’espoir pour l’avenir. Concrètement, plusieurs appels à participation ont émergé, des initiatives ont pris forme et des stratégies ont été esquissées.
La Boutique des Sciences de Toulouse, dispositif porté par les universités toulousaines qui met en relation les acteur·rices de la société civile avec ceux de la recherche et de l’enseignement supérieur, a lancé un appel à participation à destination des organisations et collectifs souhaitant formuler des problématiques ou des questions pour lesquelles une collaboration avec le monde académique serait pertinente.
L’appel est ouvert du 3 février eu 30 avril >> Lien ici.
Dans l’atelier juridique, un membre du collectif La Voie est Libre a présenté une version bêta d’un outil pédagogique destiné à rendre accessibles les étapes et le langage juridiques. L’atelier a également été l’occasion d’échanges stratégiques, notamment autour de l’idée de développer un jeu de rôle pour s’approprier ces mécanismes de manière ludique.
L’atelier autour des argumentaires sur la LGV a soulevé une tension centrale : si les arguments techniques sont souvent trop complexes pour toucher un large public, ils peuvent en revanche être efficaces auprès de certaines cibles spécifiques. Des contre-propositions stratégiques ont émergé, notamment autour du positionnement de contre-expertise. Se placer sur ce terrain soulève cependant une question de fond : en adoptant le registre de l’expertise, ne risque-t-on pas de jouer sur le terrain de ses adversaires ? Ces réflexions ont conduit le groupe à envisager comment s’appuyer sur les savoirs scientifiques sans s’y enfermer, en les articulant à d’autres formes de légitimité.
Conclusion
Au final, cette journée OSER à Toulouse à été un grand succès ! Croisement de savoir autour des enjeux de mobilité à travers un forum ouvert et beaucoup de discussions.
Rendez-vous prochainement (sur inscription) :
- à Lyon le 27 mars pour nous diriger vers une gouvernance de l’énergie en commun
- à Marseille le 29 mai pour parler des enjeux de santé.
Ses journées sont co-construites avec des collectifs locaux, si vous êtes intéressé·e à rejoindre l’organisation n’hésitez pas à nous contacter !


