Stand up for Sciences et Recherches Participatives, suite

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vendredi 21 novembre 2025

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Le 17 octobre dernier, l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) organisait au Sénat un colloque intitulé « L’engagement citoyen dans la science ». Il s’agissait de faire un premier bilan des initiatives prises pour favoriser les interactions sciences société après l’adoption de la loi de programmation de recherche (LPR) en 2021 et de tracer des perspectives. Au milieu des satisfecits sur l’intérêt scientifique et social des projets soutenus, les perspectives ne semblent pas du tout réjouissantes pour les actrices et acteurs de la recherche participative.

Le ministre chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Philippe Baptiste, l’a annoncé : l’ANR réoriente le programme vers deux nouvelles priorités : l’appui aux politiques publiques et aux territoires et la lutte contre la désinformation (voir la communication de l’ANR) . Quant aux appels à projets qui finançaient spécifiquement les sciences et recherches participatives, Claire Giry, présidente directrice générale de l’ANR, confirme que la période budgétaire tendue n’a pas permis de les maintenir, mais assure que l’approche participative pourra être soutenu dans l’ensemble des appels à projets de l’Agence (voir la prise de notes de la matinée du 17/10).

Si ce n’est pas un abandon, cela y ressemble furieusement !

Sans considérer que les appels à projets Science avec et pour la Société de l’ANR présentent toutes les garanties pour soutenir correctement les collectifs de recherche participative, il s’agit néanmoins d’un dispositif avec des critères d’évaluation adaptés. En reconnaissant la diversité des savoirs et l’importance d’une problématique scientifique élaborée conjointement, l’appel soutient des pratiques de recherche renouvelées, se produisant dans des collectifs qui doivent prendre le temps de se constituer, de construire un langage commun et permettent d’apporter des connaissances nouvelles en lien avec les intérêts et enjeux de chacun. De par ces spécificités, ces collectifs de recherche, en particulier les plus émergeants d’entre eux, répondent généralement mal aux exigences « d’excellence » d’une science dite classique.

Si on ajoute à ce constat le fait que le monde associatif « ne tient plus » et ne prendra donc pas le risque de dédier du temps à la préparation de dossiers de financement soumis à des critères d’évaluation inadaptés, le tout participatif va finalement se transformer en rien participatif.

Face à cela, des membres de Sciences Citoyennes, du Mouvement pour des Savoirs Engagés et Reliés (MSER) et de l’ALLISS se sont réunis à l’Académie du Climat le 4 novembre dernier. À la question : faut-il prendre le risque de travailler sur les conditions qui rendraient possibles un réel soutien aux pratiques de recherches participatives au sein des appels de l’ANR, il a été répondu oui par la plupart des personnes présentes. Un groupe de travail s’est crée dans ce sens, qui se réunira une seconde fois le 12 décembre, de 14h à 16h, en visioconférence.

Si vous êtes intéressé pour contribuer à ce travail, qui doit aboutir à une courte note reprenant des préconisations sur trois aspects :

  • comment accompagner les pratiques de recherche participative dans les appels à projets de l’ANR ?
  • comment soutenir les collectifs de recherche participative de façon pérenne ?
  • comment faire émerger des collectifs de recherche sur les territoires ?

vous pouvez le faire savoir via un message à mobilisation_saps@framagroupes.org pour avoir plus d’informations.

Il s’agit de réfléchir collectivement aux façons de renouveler non seulement les pratiques de recherche mais aussi les pratiques des bailleur·es de la recherche, dont l’ANR. Il est nécessaire en particulier de se pencher sur le financement des partenaires associatifs, qui ne peuvent être soutenus partiellement (seulement 40 à 60% de leur frais couvert dans les appels actuels) comme ce peut être le cas pour les partenaires de la société civile marchande.

L’objectif sera de partager la note avec le Ministère tutelle de l’ANR, le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace début 2026.