Lettre de soutien au professeur Gilles-Eric Séralini et ses collègues / Support Letter to Gilles-Eric Séralini and his colleagues | Sciences Citoyennes

Lettre de soutien au professeur Gilles-Eric Séralini et ses collègues / Support Letter to Gilles-Eric Séralini and his colleagues

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mercredi 5 mai 2010

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Pour le respect de la controverse scientifique et de l’expertise contradictoire

Soutien à Gilles-Eric Séralini et à ses co-auteurs

mars 2010

Pétition clôturée. Plus de 1100 chercheurs et 12 000 non chercheurs l’ont signée.

La controverse entre chercheurs, organisée au sein de la communauté scientifique, est un des moteurs essentiels de la construction des savoirs. Pour être reconnu, un résultat doit avoir résisté à toutes les tentatives d’invalidation par les collègues.

Plus encore, lorsque des travaux scientifiques ont des conséquences sociales, économiques et politiques importantes, la possibilité de développer ces postures critiques et de garantir les conditions d’une expertise pluraliste, devient le garant d’un bon fonctionnement démocratique. Comment prendre les bonnes décisions lorsque certaines voies de recherche sont systématiquement écartées, avant même d’avoir été sereinement explorées ?

En matière d’étude de l’effet des plantes génétiquement modifiées sur la santé, ce respect de la controverse scientifique n’est pourtant pas de mise. La grande majorité des chercheurs qui publient des résultats suggérant des effets d’OGM jusqu’alors insoupçonnés (effets sur la santé ou sur l’environnement) est la cible de campagnes de dénigrement provenant de membres influents de la communauté scientifique (Waltz E. Battlefield, Nature 2009. 461 :27-32).

La France n’est pas en reste comme en témoigne la situation actuelle de Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l’Université de Caen et co-directeur du Pôle pluridisciplinaire « Risques », spécialisé dans l’étude des effets des pesticides et OGM sur la santé. GE Séralini et ses collègues ont mené des contre-expertises de données fournies par Monsanto pour justifier de la commercialisation de 3 de ses maïs OGM (MON 863, MON 810, NK 603). Leurs travaux remettent en question la capacité pour ces données de démontrer formellement l’innocuité des trois maïs (suivi des rats trop court, puissance de l’analyse statistique insuffisante). Contrairement aux analyses réalisées par la firme, les travaux de GE Séralini et de ses collègues ont été soumis au processus d’évaluation critique par les pairs avant d’être publiés en 2007 et en 2009.

Ces résultats interrogeant le bien fondé des autorisations octroyées par la Commission Européenne sur avis de l’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) pour la consommation animale et humaine de ces trois maïs, il n’est pas étonnant qu’ils aient suscité de vives réactions de Monsanto, de l’EFSA ou encore de l’Office de contrôle des aliments d’Australie et de Nouvelle Zélande. Mais depuis quelques semaines, GE Séralini est la cible d’attaques et de pressions morales émanant d’une partie de la communauté scientifique (cf. verso), et qui vont jusqu’à remettre en question les conditions mêmes de ses travaux de recherche (position académique, financements).

Nous, chercheurs signataires de ce texte, considérons qu’il est de notre responsabilité de maintenir les conditions d’une controverse scientifique respectueuse et d’une expertise pluraliste sur des questions aussi sensibles que celle des effets de la culture de plantes génétiquement modifiées. Nous condamnons la démarche de nos collègues qui utilisent les armes de la décrédibilisation mensongère plutôt que le terrain de la démonstration encadrée par les procédures en vigueur au sein de la communauté scientifique, à savoir des expériences transparentes, indépendantes et reproductibles, soumises à une évaluation par des pairs.

Nous apportons tout notre soutien à GE Séralini et à ses co-auteurs.

Les travaux de GE Séralini et de ses collègues dans leur contexte

La publication « A Comparison of the Effects of Three GM Corn Varieties on Mammalian Health » [Spiroux de Vendômois et al., Int. J. Bio. Sci., 2009, 5 : 706-726] dont GE Séralini est l’auteur-correspondant est une contre-expertise de données produites par Monsanto, dont la mise à disposition résulte en partie d’une injonction judiciaire (le maintien de la confidentialité d’une partie des données a été jugé illégal par un tribunal allemand). Ces données ont été obtenues sur des rats nourris pendant 3 mois avec les trois maïs concernés. Cette contre-expertise ne prétend pas apporter la preuve de la toxicité chronique des maïs concernés, comme les auteurs le reconnaissent, d’autant plus qu’elle s’appuie sur des données brutes de Monsanto dont ils dénoncent justement l’insuffisance. Elle pointe néanmoins des signaux d’alerte pouvant laisser craindre le développement d’une pathologie chronique, et réfute ainsi la capacité des données fournies par Monsanto de démontrer formellement l’innocuité de ces trois maïs : suivi des rats est trop court , plan d’expérience suivi ne confèrant pas une puissance suffisante à l’étude.

Les attaques dont GE Séralini fait l’objet

Parrainée par des chercheurs bien connus comme Claude Allègre et Axel Kahn, et présidée par Marc Fellous, professeur de génétique et ancien président de la Commission du Génie Biomoléculaire (Commission gouvernementale chargée d’évaluer les OGM agricoles, dont GE Séralini a été membre de 1998 à 2007), l’Association Française des Biotechnologies Végétales (AFBV), a déclaré dans un communiqué de presse daté du 14 décembre 2009, que « les travaux de G.-E. Séralini ont toujours été invalidés par la communauté scientifique ». Ces allégations sont totalement mensongères. Tous ses travaux ont été publiés dans des revues internationales à comité de lecture et donc évalués par les pairs. Aucun n’a jamais fait l’objet d’une invalidation.

Suite à la participation de GE Séralini au Magazine de la Santé diffusé le 21 janvier dernier sur France 5, l’AFBV a adressé deux courriers (datés du 26 et du 28 janvier) aux responsables de la chaîne et de l’émission d’une part, et au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel d’autre part, dans lesquels GE Séralini est présenté comme un « marchand de peurs » et un scientifique non reconnu. Il semble donc que les membres de l’AFBV, se déclarant tous en faveur des PGM, agissent comme groupe de pression davantage que comme experts scientifiques.

Enfin, en janvier 2009 et 2010, GE Séralini a réalisé des expertises pour la Cour Suprême de l’Inde et le gouvernement indien sur les données brutes fournies par la Société Mahyco pour commercialiser une nouvelle aubergine OGM produisant un insecticide. Sur la base de ces analyses, un moratoire a été décidé. Depuis, GE Séralini fait l’objet d’attaques diffamatoires répétées, sans que leurs auteurs n’acceptent de se soumettre au cadre de la controverse scientifique, encadrée notamment par le système des publications scientifiques.

Contenu de l’annexe
* Article de Spiroux de Vendômois, et al. « A Comparison of the Effects of Three GM Corn Varieties on Mammalian Health ». Int. J. Bio. Sci., 2009, 5 : 706-726
* Réponse de Monsanto à cette publication
* Avis du Comité Scientifique du Haut Conseil des Biotechnologies sur cette publication
* Avis de l’Office de contrôle des aliments d’Australie et de Nouvelle-Zélande (FSANZ) sur cette publication
* Avis de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) sur cette publication
* Communiqué de presse de l’Association Française des Biotechnologies Végétales (AFBV) sur cette publication
* Réponse des auteurs aux différentes critiques

In respect of scientific controversy and contradictory expertise

Support to Gilles-Eric Séralini and his co-authors

march 2010

Closed petition. More than 1,100 researchers and 12,000 non-researchers signed it.

The discourse between researchers within the scientific community is a key driver of knowledge construction. To be recognized as valid, a result should resist all fair attempts of invalidation by colleagues.

Furthermore, when scientific studies have important social, health, economic and political consequences, a scientific discourse with pluralistic expertise becomes even more essential for a well-functioning democracy. Yet, when certain scientific perspectives are systematically excluded from this discourse, how can we be assured of good policy outcomes ?

In the case of genetically modified plants (GMPs) and their systematic scientific appraisal, this respect for the scientific critique has been consistently under siege. A troubling trend is unfolding, where researchers who publish results that suggest unintended and potentially negative effects on health or the environment become the target of ferocious discredation campaigns from influential members of the scientific community. (Waltz E. Battlefield, Nature 2009. 461 :27-32).

Despite the long tradition of discourse and dissent playing an important role in democracy, France is not immune to this troubling development within the scientific community. The current situation of Gilles-Eric Séralini, professor of molecular biology at the University of Caen and co-director of the multidisciplinary centre « Risks », which specialized in risk research of GMOs and pesticides on health, is a case in point. Séralini and his colleagues have undertaken counter-expertise appraisals of data delivered originally by Monsanto in order to justify the commercialization of three of its GM maize lines (MON 863, MON 810, NK603). The re-analyses by Professor Seralini and colleagues question the reliability of Monsanto’s data to formally prove the safety of these three GM maize lines (inadequacies in methodology, lack of robustness in statistical analysis). Unlike the research performed by the company, the work of Professor Séralini and colleagues has been subject to rigorous evaluation by peers before being published in the scientific literature in 2007 and 2009.

The findings by Professor Seralini’s research team question the validity of authorizations granted by the European Commission, given on the advice of the European Food Safety Agency (EFSA) for human and animal consumption of these three maize varieties. Given the implications of this counter-analysis for Monsanto’s commercial interests, the fervid reactions from Monsanto, EFSA and the Office of Food Control in Australia and New Zealand are perhaps unsurprising. But the nature of the response, whereby Professor Séralini has become the target of a discredation campaign from certain sectors of the scientific community (see overleaf) that threatens not only his livelihood as a scientist, but also his funding to continue public-good research, is wholly unacceptable.

We, academics, professors and researchers signing this statement, consider it our responsibility to defend the principles of respectful scientific criticism and the use of pluralistic expertise on issues as sensitive, complex and potentially irreversible as the effects of growing GM crops. We condemn the approach of our colleagues, who use defamation and flawed/biased logic rather than credible scientific grounds, to unfairly and unjustly argue their case. We uphold that such a debate should be conducted as a transparent discourse subject to assessment by peers.

We give our full support to GE Séralini and his co-authors.

The work of GE Séralini and his colleagues in its context

The scientific publication “A Comparison of the Effects of Three GM Corn Varieties on Mammalian Health”, where Professor Séralini is the corresponding author, is a counter analysis of data produced by Monsanto. The availability of the data used by Professor Seralini’s team is partly the result of a court order, where the confidentiality of a part of the data was deemed illegal by a German court. The released Monsanto data was a study on rats fed for 3 months with the three maize lines under regulatory consideration. As emphasized by Professor Séralini and co-workers in their articles, in their analysis they do not make claims of evidence of chronic toxicity of the GMOs under study, because the experimental design of the feeding trial by Monsanto contain too numerous deficiencies to allow to draw robust conclusions. What Professor Seralini and colleagues describe, however, is that warning signs are present in the data, which may lead to the development of a chronic condition and therefore strongly merit further inquiry. In other words, they refute the ability of the data provided by Monsanto to formally and scientifically demonstrate the safety of the three GM maize events under investigation, given the poor study design and lack of statistical robustness of the chosen methodology.

The attacks on GE Séralini and his colleagues

Incomprehensibly, the French Association of Plant Biotechnology (AFBV), chaired by Marc Fellous, Professor of Genetics and former president of the Biomolecular Engineering Commission (a governmental commission to assess agricultural GMOs, where Professor Séralini was a member from 1998 to 2007), supported by well-known professors like Claude Allegre and Axel Kahn, stated in a press release dated from December 14, 2009, that « The work of Professor Séralini has been invalidated by the scientific community. » These allegations are totally false and have no basis. Not only has all of the work conducted by Professor Séralini and colleagues been published in international journals after rigorous peer review by anonymous referees, but also none of their work has been subject to any science-based or formal means of invalidation.

Following the participation of Professor Séralini in the TV show Health Magazine on January 21, 2010, on the French TV channel France 5 (where he was invited to talk about his latest study), the same AFBV sent two letters (dated 26 and 28 January) to managers of the channel and the show, including the High Audiovisual Council, resorting to name-calling by describing Professor Séralini as a « merchant of fear » and a scientist not recognized. It would seem that members of the AFBV, declaring themselves all in favor of GMO, are acting more as a political group rather than as scientists.

Moreover, in January 2009 and 2010, the expertise of Professor Séralini was solicited for the Supreme Court of India where the Indian Government had requested the reviewing of the raw data of the Mahyco company’s safety studies conducted to gain approval for commercialization of a new GM eggplant (Bt brinjal), producing an insecticidal toxin. Based on this review, which included a range of other experts, a moratorium was established. Since then, Professor Séralini has been repeatedly the subject of defamatory attacks extending far beyond any scientific discourse and without any scientifically supported justification or merit. Such attacks fundamentally undermine the principles of due scientific discourse and fairness of an open society.

Content of the annex document
* Article of Spiroux de Vendômois, et al. « A Comparison of the Effects of Three GM Corn Varieties on Mammalian Health ». Int. J. Bio. Sci., 2009, 5 : 706-726
* Response of Monsanto to this paper
* View of Comité Scientifique du Haut Conseil des Biotechnologies
* View of l’Office de contrôle des aliments d’Australie et de Nouvelle-Zélande (FSANZ)
* View of European Food Safety Agency(EFSA)
* Press release of the Association Française des Biotechnologies Végétales (AFBV)
* Response of the authors to the various critics

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Annexe Support Séralini 2010