Le programme REPERE | Sciences Citoyennes

Le programme REPERE

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vendredi 12 novembre 2010

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La mise au point du programme REPERE – Réseau d’échange et de projets sur le pilotage de la recherche et l’expertise par le Ministère de l’Ecologie est une des suites du Grenelle de l’environnement. Ce programme, lancé en octobre 2009, sur une durée de 3 ans, vise à « accompagner une réforme durable du pilotage de la recherche et de l’expertise en y intégrant la participation des ONG ». Un appel à projets a été lancé fin 2009, en insistant sur l’importance du « fondement de la crédibilité de l’énoncé scientifique ainsi que sur les facteurs de confiance et les procédures d’alerte » ou sur la « diversification des points de vue notamment par la consultation de la société civile pour définir, conduire ou évaluer les programmes de recherche appliquée ». Ce programme finance des projets permettant d’apporter des ressources nouvelles au pilotage de la recherche et de l’expertise sur le développement durable par l’association des ONG à cette gouvernance.

Une dizaine de projets ont été sélectionnés, parmi lesquels celui soumis par FSC, en partenariat avec le Réseau Semences Paysannes (http://www.semencespaysannes.org/), avec qui nous avons déjà travaillé à plusieurs reprises.

Le projet « Co-construction des savoirs et des décisions dans la recherche : l’exemple de la sélection participative en agri-environnement » s’intéresse aux démarches françaises de sélection végétale effectuées sur des variétés paysannes de blé tendre et blé dur, fourragères, choux, potagères, tournesols et maïs. Dans ces expériences, des paysans, des chercheurs de l’INRA, des techniciens, ainsi que des consommateurs, des transformateurs, des distributeurs ou des ONG, s’associent pour développer de nouvelles variétés de semences. Cette gestion dynamique de la biodiversité cultivée s’inscrit dans une perspective de maintien de la biodiversité agricole (biodiversité cultivée) et dans une volonté d’autonomie paysanne, dans un contexte où le secteur semencier est soumis à de fortes pressions de la part des industries semencières pour conserver le monopole du marché, assurer la dépendance des agriculteurs aux intrants chimiques, et par là même imposer une agriculture productiviste telle qu’on l’a vue apparaître dès les années 60. Le paysan redevient acteur, sélectionne dans ses champs, en fonction de ses besoins, de ses attentes, afin de permettre l’évolution d’une variété appropriée à ses pratiques culturales – une agriculture biologique ou paysanne, faible en intrants – et à son terroir. Des « variétés-populations », génétiquement hétérogènes, issues de croisement ou de mélange, sont semées à la ferme. Cette démarche privilégie autant la diversité dans l’environnement physique (sol, climat), dans les champs (micro organismes, flore et faune sauvages…), qu’à la ferme (pratiques culturales, systèmes agricoles). Le paysage de la ferme n’est plus un champ cultivé mais bien des plantes qui poussent. Il s’agit d’un autre rapport au vivant. Ces expériences s’inscrivent dans un processus de co-construction des savoirs, de co-valorisation des connaissances, le chercheur apportant dans le projet un protocole, des méthodes, des habitudes d’analyse. Chercheurs et paysans sont réellement partenaires et non plus dans une relation de hiérarchie des savoirs. Les chercheurs jusque là associés à de tels projets sont (très) peu nombreux et travaillent souvent au sein de l’INRA.

La subvention du Ministère a permis l’emploi d’une chargée de projet, de novembre 2010 (début du projet) à août 2011. Le projet s’achève en octobre 2011. Les associations BEDE (Biodiversité : Echange et Diffusion d’Expériences, http://www.bede-asso.org/) et PEUV (Pour l’Emergence d’une Université du Vivant, http://www.universite-du-vivant.org/) sont également associées au projet.

Plusieurs actions sont prévues dans le cadre du projet. Elles visent à favoriser les échanges entre les différents acteurs et porter analyses et recommandations au sein des associations, des institutions de recherche et des lieux de décision des pouvoirs publics.

Un premier séminaire réunissant une trentaine de chercheurs, paysans et animateurs-techniciens s’est tenu à Angers le 8 et 9 février 2011. Il a été l’occasion de revenir sur les diverses expériences en matière de sélection participative (cf article suivant).

Un deuxième séminaire réunira le 24 mai des chercheurs de toutes disciplines (sciences sociales, humaines et techniques) en ciblant spécifiquement des chercheurs intéressés mais pas encore impliqués dans des processus de recherche participative. En plus de présenter des projets de recherche participative (dont la sélection participative et la vision paysanne de la recherche), il permettra d’aborder les contraintes organisationnelles et institutionnelles dans un projet de recherche et de sélection participative.

Un forum intitulé « Recherche agricole – projet de société » se tiendra à Rennes le 14 juin 2011. Ouvert à toutes et tous, il aura pour objectif de sensibiliser les chercheurs, citoyens et acteurs du monde agricole aux questions entourant l’implication des ONGs dans les projets de recherche et dans les processus décisionnels en matière de programmation de la recherche. Plusieurs ateliers seront constitués afin de discuter du lien entre agriculture, environnement et approches participatives, et seront illustrés par des exemples d’initiatives bretonnes. La plaquette de présentation sera disponible très prochainement. N’hésitez pas à diffuser l’information pour que nous soyons nombreux ce jour-là !

Nous suivons aussi un projet de sélection participative en cours sur le blé tendre. Le partenariat entre les paysans du Réseau Semences Paysannes et l’équipe des chercheurs de l’INRA-Moulon a lieu depuis plusieurs années, et s’inscrit désormais au sein d’un projet européen. Plusieurs entretiens seront réalisés avec des paysans, chercheurs ou personnel technique afin de mieux comprendre les interactions entre les différents acteurs et d’établir le décryptage d’un tel projet : Qui sont les différents acteurs ? quels sont leurs interactions ? Quels sont leurs objectifs, mutuels et personnels ? etc

Nous rédigerons également un livret à l’usage des chercheurs sur les questions de co-pilotage de la recherche, de la co-production des savoirs et des nouvelles approches de l’innovation. Ce livret proposera sous une forme légère des réflexions, propositions, conseils et exemples liés aux domaines agricoles et environnementaux.

Enfin, nous effectuerons tout un travail de valorisation et de diffusion des résultats, à travers la diffusion du petit livret sur les expériences de projets participatifs en agriculture ; la diffusion du livret à l’usage des chercheurs sur le co-pilotage de la recherche ; l’édition d’un dépliant à destination de la société civile ; la valorisation des résultats via notre site Internet.