Contre le licenciement de la chercheuse et activiste belge Barbara Van Dyck ! | Sciences Citoyennes

Contre le licenciement de la chercheuse et activiste belge Barbara Van Dyck !

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mercredi 8 juin 2011

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Nous avons appris le licenciement de Barbara Van Dyck, ceci en raison de ses déclarations de solidarité avec les militants du Mouvement de Libération des Champs (Field Liberation Movement) dans le cadre d’une action contre un champ d’essai de pommes de terre OGM à Wetteren, le dimanche 29 mai. Outre le fait que ces déclarations de solidarité n’engagent que la chercheuse elle-même et nullement son institution, cette décision porte atteinte à la liberté académique et la liberté d’expression. Nous appelons le monde académique à s’opposer à ce renvoi et à signer la pétition (voir ci-dessous). Cette pétition a d’ores et déjà donné lieu à une réaction de la part du recteur de l’Université catholique de Louvain que nous soumettons à votre appréciation (voir sous la pétition).

N.B. Nous compléterons cet article au fil des événements liés à ce « dossier ».

Pétition contre le licenciement de la chercheuse et activiste Barbara Van Dyck !

Signez la pétition ici.

Vendredi, le 3 juin, nous avons appris que Barbara Van Dyck a été licenciée en raison de ses déclarations de solidarité avec les militants du Mouvement de Libération des Champs (Field Liberation Movement) dans le cadre d’une action contre un essai de pommes de terre OGM [mené dans le cadre d’un partenariat privé/public entre la UGent et BASF] à Wetteren, le dimanche 29 mai. Nous sommes choqués par cette mesure, que nous considérons comme disproportionnée et faisant fi du droit du travail, des principes de la liberté académique et de la liberté d’expression.

Barbara Van Dyck a pris part à l’action de Wetteren durant son temps libre(un dimanche) et non pas pendant ses heures de travail. En outre, elle n’est pas renvoyée en raison d’infractions qu’elle aurait commises ce jour-là, mais en raison de la solidarité qu’elle exprime à l’égard des manifestants et le soutien public qu’elle apporte à cette action de désobéissance civile. On peut donc se demander sur quelle base les autorités académiques ont décidé ce licenciement.

Avec cette mesure disproportionnée – une interdiction d’exercer sa profession –, les autorités universitaires violent une des valeurs fondamentales de leur propre charte, en particulier celle de la liberté académique. Nous aimerions rappeler que la liberté académique signifie non seulement avoir la possibilité de mener des recherches de façon indépendante, mais comporte également la liberté individuelle des universitaires d’adopter une « attitude critique à l’égard de certaines tendances ou articulations sociales. La liberté intellectuelle individuelle est toujours une pierre angulaire de notre identité universitaire. ». Un argument similaire peut également être trouvé dans les chartes internationales telles que la Recommandation de l’UNESCO concernant le statut du personnel enseignant de l’enseignement supérieur, Para. 26: « Tout enseignant de l’enseignement supérieur à droit à la liberté de pensée, de conscience (…). Les enseignants devraient pouvoir exercer sans obstacle ni entrave les droits civils qui sont les leurs en tant que citoyens, y compris celui de contribuer au changement social par la libre expression de leur opinion sur les politiques de l’État et les orientations concernant l’enseignement supérieur. Ils ne devraient subir aucune sanction du seul fait de l’exercice de ces droits. » .

En outre, les autorités universitaires violent un principe démocratique fondamental qui sert de base de notre société, le principe de la liberté d’expression. En renvoyant une employée en raison de sa sympathie à l’égard de l’action menée le 29 mai dernier, la KULeuven s’inscrit elle-même dans le nouveau climat de criminalisation de l’activisme et même de la simple sympathie envers le militantisme. En effet, c’est sa sympathie manifeste et sa solidarité avec les activistes du Field Libération qui lui sont reprochées, et non pas ses actes.

Pas besoin d’approuver la cible et les tactiques de l’action pour comprendre son enjeu social: Qu’est-ce qu’une agriculture socialement juste et écologiquement durable? Quel est le rôle des OGM et comment distribuons-nous les ressources de recherche d’une manière équitable entre les différentes options? Réduire cette action à un acte de violence (contre des pommes de terre?) détourne l’attention du débat nécessaire. La présence de scientifiques des deux côtés du débat démontre que même au sein de la communauté scientifique il y a un désaccord sur la nécessité sociale et la valeur ajoutée des OGM.

Nous appellons les autorités de l’université à maintenir leur confiance dans la réflexion critique et l’engagement social de leurs chercheurs. Nous leur demandons donc de retirer ce licenciement. Nous demandons au personnel de la KULeuven et l’ensemble de la communauté universitaire de protester contre le licenciement. Cette affaire dépasse en effet le cas individuel de Barbara Van Dyck, et touche à l’avenir de la science (et ses liens avec l’industrie), aux principes de la liberté académique et à la liberté d’expression.

[i] Openingstoespraak Rector Oosterlinck Academiejaar 2003-2004, KUL.
[ii] Recommandation concernant la condition du personnel enseignant de l’enseignement supérieur, UNESCO, 11/11/97.

Signez la pétition ici.

Barbara Van Dyck : "ne travaille plus avec nous depuis le 2 juin"

Barbara Van Dyck : "ne travaille plus avec nous depuis le 2 juin" (capture d'écran du site de l'Université catholique de Louvain)

Vous trouverez ci-dessous la réaction de Mark Waer, recteur de l’Université catholique de Louvain (en anglais) :

Dear members of the university community,

We have received several reactions following the summary dismissal of a researcher at K.U.Leuven, which we considered to be a necessary step. I understand the concerns voiced about this decision and the expressions of solidarity with the researcher in question.

Therefore, I would like to clarify that the central issue in this case is not the limitation of the freedom of speech or of the academic freedom of one of our researchers. On the contrary, I also consider these freedoms to be unquestionable values and rights.

The researcher in question was not dismissed because of her opinion on genetically modified organisms, but due to her participation in and public defence of a violent action the very objective of which was to destroy a scientific experiment that was approved by democratic authorities.

In no way whatsoever is the wilful and resolute destruction of a scientific experiment consonant with academic freedom, the freedom of speech or independent research. Furthermore, it prevents colleague researchers from exercising these rights. Scientists may have differing opinions, but they ought to express them in open and active dialogue, rather than by encouraging the destruction of or actively taking part in the partial or complete destruction of one another’s research.

Considering the fact that this is not the first such action in which the researcher in question has taken part and that she did not in any way wish to distance herself from the violence of the demonstration, the relationship of mutual trust between us has been damaged irreparably.

With collegial greetings,

Mark Waer
Rector